Les pertes en chiffre
d'affaires et prises de commandes ont conduit les banques
à ne plus soutenir le voyagiste en ligne "Monagence.com".
Sa liquidation judiciaire oblige l'APS à prendre
en charge environ 400 clients consommateurs soit un volume
de 360.000 € de commandes.
Il s'agit d'un nouveau désaveu qui
comme dans l'affaire Switch vient rappeler avec force
aux spécialistes autoproclamés du travel
marketing que la simple stratégie des prix prétendument
cassés, promotionnés, dégriffés,
ça eut payé mais ça paye de moins
en moins et dans le cas de "monagence.com" ça ne paie plus du tout.
L'achat de mots clés, les rémunérations
au click pour attirer les internautes sont de plus en
plus coûteux, le taux de transformation de moins
en moins bon et la concurrence entre les enseignes d'autant
plus exacerbée.
La question qui se pose après cette nouvelle défaillance
d'une agence en ligne adhérente de l'APS est de
savoir qui va être la prochaine, car d'évidence
il y aura non seulement une prochaine mais plusieurs.
Si l'Internet demeure un moyen privilégié
d'informations pour les clients consommateurs désireux
de souscrire un voyage à forfait, ces derniers
sont devenus moins crédules, plus méfiants,
plus exigeants et au cas de litiges plus pugnaces.
Pour être au jeu il ne suffit plus de fabriquer
dans son coin un prix d'appel et de l'affubler des mots
magiques, promotion, dégriffé, pas cher,
pour remplir en retour son carnet de commandes.
Les clients consommateurs sont toujours aussi motivés
par l'argument prix mais ils ont müri. Ce qu'ils
viennent chercher sur les sites de voyages, outre les
conseils, les infos, les feedback, c'est une vraie bonne
affaire et non pas au prétexte de petit prix un
mauvais compromis sur la qualité.
Qui plus est, le marché du "outgoing"
est limité, n'oublions pas la majorité des
Français passent leurs vacances dans l'hexagone.
La technique de vente des centres d'appels fondée
sur les 4 piliers "découverte
/ argumentation / vente additionnelle / closing"
est d'une efficacité redoutable mais a pour défaut
d'être tributaire de la capacité de l'enseigne
à créer du trafic qualifié.
Lorsque par la mauvaise qualité des prestations,
l'incapacité de gérer les litiges, son mauvais
rapport clientèle une entreprise se grille sur
un marche réduit, elle peut employer toutes les
astuces à sa disposition, adverposting, faux portail
communautaire pour tenter de créer ce trafic, inévitablement
il ne sera pas au rendez-vous.
D'évidence M. Yves Chaponic fondateur de "monagence.com"
était beaucoup plus start-up, nouvelle technologie,
marketiseur que basiquement voyagiste.
M. Jean da Luz rédacteur en chef du portail professionnel "Tour Mag" qui
est un fin connaisseur du marché, pronostique faute
de changer de business plan survivront que 2 ou 3 enseignes
de purs players.
Le problème est qu'il leur ait difficile de changer
de business plan.
Celui-ci jusqu'ici a donné des bons résultats,
non pas par sa sophistication mais par un mixe des activités
de distributeur et de producteur de voyages à forfait
qui permettait aux enseignes qui ont adopté cette
stratégie de générer une profitabilité
supérieure à celle des agences et TO traditionnels.
C'est la production à 30% de leurs offres du type
prix d'appel à forte marge qui est le moteur de
leur croissance. Switch s'est planté parce qu'il
n'a pas respecté cette règle et a inversé
le ratio de production et de distribution sans avoir la
trésorerie nécessaire pour mener de front
un tour operating de niche, croisière sur catamaran
et généraliste.
Pour offrir une prestation de qualité à
un prix compétitif il n'y a que 2 solutions, la
première consiste à réduire ses marges,
la seconde est de massifier ses achats fermes.
Le désavantage de la première c'est qu'une
diminution des marges fragilise l'entreprise, la rend
moins juteuse et incite l'actionnariat à être
volatil ; la seconde, massifier ses achats fermes, demande
une trésorerie au delà des capacités
de nombre de purs players.
Lever les sommes nécessaires pour afficher un capital
social qui donne aux fournisseurs et clients le sentiment
de sécurité est une chose, s'engager à
6 mois ne fusse que sur 100.000 pax fermes en est une
autre.
Si on ajoute un environnement économique difficile,
une perte de confiance des fournisseurs échaudés
par Switch, la concurrence des TO traditionnels qui font
de la vente de dernière minute et produisent des
entrées de gamme compétitives qualitativement
et financièrement, la venue de TO européens,
ainsi l'émergence d'une nouvelle tendance des internautes
de faire leur propre "package
dynamique", achat de vol sec + hôtellerie,
les possibilités de changer de business plan semble
en tout cas pour 2009 largement compromises.