| |
L'idée
d'une corrélation obligatoirement entre prix et qualité
de l'offre est un modèle daté. Dans le management
moderne, le prix ou plutôt les prix pratiqués
aux divers stades de la commercialisation de la pré-commande
à la vente de dernière minute, ne sont qu'une
variable par laquelle l'enseigne exprime sa stratégie
commerciale.
Il peut s'agir d'une réponse
à des contraintes concurrentielles, un moyen pour
lisser le remplissage ou favoriser le déstockage,
voire une formule pour gagner de nouvelles parts de marché.
C'est pourquoi le ratio bénéficiaire
qui dans le passé était linéaire est
aujourd'hui modulé en fonction des clientèles
et des contraintes que ces dernières sont prêtes
à accepter pour profiter du tarif le plus attractif.
Lorsque la SNCF monte une
opération de promotion et de testing TGV à
15 euros, la prestation fournie est la même que celle
dont bénéficient les clients plein tarif,
en retour il y a pour le client consommateur les contraintes
de places limitées et une obligation de pré-commande.
Autre exemple le groupe Barrière
pour les réservations à 30 jours vient de
prendre la décision d'accorder dans ses hôtels
France et Maroc un rabais de 55% sur sa tarification usuelle
et à ne pas en douter le groupe Barrière fournira
à ces clients ristournés le même niveau
de prestations que celui qu'il accorde aux clients plein
tarif.
Là encore il s'agit
d'une bonne affaire : un certain nombre de clients consommateurs
pour un prix aux alentours d'un 3 étoiles vont pouvoir
accéder à ce type d'établissement ou
y séjourner plus souvent. La contrainte une obligation
de réservation à 30 jours.
Les faiseurs de prix d'appel
ont une stratégie toute différente. Leur objectif
n'est ni le donnant donnant, ni le bénéfice
consommateur, mais le "tout pour ma gueule".
La recette des faiseurs
de prix d'appel
Il ne s'agit pas pour eux
de proposer une bonne affaire mais de surfer sur la crédulité
des clients consommateurs grâce à la technique
du prix psychologique, en clair vendre avec une marge confortable
un produit quelconque voire invendable tout en donnant au
client l'impression qu'il souscrit à tarif réduit
des prestations d'une gamme supérieure.
Pour obtenir ce prix psychologique, la
recette employée est toute simple : rogner poste
à poste sur la qualité des prestations fournies.
Le voyage à forfait présenté
ci-dessous vendu par un major de la vente en ligne est un
exemple type de la fausse bonne affaire et du vrai prix
psychologique :
Le forfait est packagé transport
+ hôtel 3 étoiles en Tunisie + restauration.
Il est classé par le voyagiste sur une échelle
de 5, mais nulle part il n'est expliqué sur quel
critère est fondée cette évaluation.
Dès lors où la moyenne est de 2,5 en étant
classé à 3,5, cela laisse sans ambiguïté
entendre au client consommateur que l'hôtel 3 étoiles
en question et les prestations qu'il fournit sont d'une
qualité au-dessus de la moyenne : un presque 4 étoiles.
Pour la partie hôtelière il est dit dans le
descriptif "les chambres
sont spacieuses et joliment décorées. Elles
disposent d'une salle de bains (douche ou baignoire), du
téléphone, de l'air conditionné et
d'une terrasse ou d'un balcon ouvrant sur la mer ou les
jardins".
Pour illustrer le descriptif la chambre a été
photographiée au grand angle, ce qui élargi
le champ de la prise de vue, un personnage buvant une coupe
de champagne est dans l'encadrement de la porte fenêtre
qui donne sur un balcon avec vue sur la mer.
La partie restauration est décrite de la sorte "les
repas vous seront servis sous forme de buffets proposant
des spécialités tunisiennes et des plats internationaux".
Témoignage d'une cliente :
Avec son compagnon et leurs jeunes enfants
ils se sont laissés séduire par le descriptif
au point de souscrire un séjour dans cet hôtel
pour la période de Noël 2008 :
hôtellerie :
"...Le ménage n'était
pas fait ... des cafards dans les chambres ... les tapis
qui se trouvaient près du lit une horreur, sales
et puants vraiment "crades" que nous les avons
balancés sur le balcon, les toilettes étaient
bouchées, les vitres du balcon qui ne se ferment
pas à clef, génial pour la sécurité..."
restauration :
"...Niveau nourriture,
zéro, les repas n'étaient pas chauds, des
cafards dans la pièce où l'on mangeait, ils
ont osé nous donner le même repas pendant tout
le séjour, présenté différemment..."
animations :
"...Pas d'activités
de leur part car soit disant, nous étions que 11
clients dans l'hôtel donc pas assez, je trouve cela
inadmissible car on paye un séjour pour passer de
bons moments et être occupés par des activités
afin que le séjour soit agréable..."
feedback de la cliente :
"...Quel séjour
stressant, désagréable, une horreur pour des
vacances de Noël, un mauvais souvenir, cet hôtel
qui n'était pas du tout convenable pour le prix que
nous avons payé pour un 3 étoiles, il était
nullissime, "crade" et non convivial ... pourquoi
payer une pension complète pour manger de la m....
tous les jours, matin, midi et soir, sans avoir vraiment
de choix et en plus dépenser à côté
pour pouvoir manger correctement. Des dépenses qui
ne devraient pas avoir lieu.... Nous avons aperçu
durant le séjour, que l'hôtel savait s'occuper
de leurs clients Tunisiens qui venaient boire des verres
dans leur bar la nuit ou qui allaient dans leur discothèque,
il leur offrait de bonnes choses à déguster
que je n'ai pas vu à notre buffet ... petits fours,
pizzas, briques, etc ... Donc, ils savent s'y prendre avec
leurs clients mais nous, ... on était considéré
comme de la m...".
seul point positif :
"...le
repas de Noël a été convenable, ouf quand
même une bonne chose".
Ce qui doit changer
selon l'association sos voyages
A ne pas en douter pour fabriquer ce prix
d'appel le voyagiste a privilégié ses marges
bénéficiaires à l'intérêt
bien compris du client consommateur.
Il a délibérément choisi un établissement
en attente de rénovation. Il a tellement fait pression
sur le propriétaire pour tirer au plus bas le prix
de la formule "tout inclus"
que ce dernier qui lui aussi a besoin de générer
du bénéfice a fourni des prestations au rabais.
Il ne s'agit évidemment pas d'un dysfonctionnement
imprévisible mais bel et bien d'une stratégie
commerciale délibérée du voyagiste.
Lorsque l'on détaille point à
point les griefs de la consommatrice, nous nous rendons
compte que ce type de problème est possible, faute
d'une complète information du client sur le produit
souscrit.
Cet hôtel, je le connais il fut programmé il
y a 10 ans par une des clientes voyagistes du studio de
création que je dirigeais. Mais en 10 ans l'établissement
a vieilli. Comme il n'est pas fait obligation aux agences
de voyages d'indiquer sur leurs offres la date d'ouverture
des établissements qu'elles programment, ni celle
des travaux de rénovation effectués ou non,
le client indéniablement est mal informé.
Second point qui pose problème. Les photos qui ont
servi à illustrer l'offre étaient celles prises
il y a 10 ans à l'ouverture de l'hôtel. Elles
ne reflètent plus l'état des lieux, comme
les agences de voyages sont exonérées de dater
les photos, le client là encore est mal informé.
La restauration est un poste important d'un voyage à
forfait. Elle l'est d'autant plus lorsqu'il s'agit d'une
formule "tout inclus".
.
Sur l'offre il n'est donné aucune précision
concernant la restauration, ci ce n'est "les
repas vous seront servis sous forme de buffets proposant
des spécialités tunisiennes et des plats internationaux.
Les boissons ne sont pas incluses".
Cette formulation veut tout dire et ne rien dire à
la fois. Par son imprécision elle ne permet pas au
client consommateur de savoir la composition des menus qui
lui seront servis durant son séjour.
Dès lors où en France les gestionnaires de
la restauration collective, écoles, entreprises,
hôpitaux, sont techniquement en mesure de fournir
à l'avance aux usagers les menus type servis, pourquoi
il en serait autrement pour les hôteliers restaurateurs
des pays réceptifs.
S'il est précisé sur le descriptif que le
prix ne comprend pas les boissons non mentionnées,
nulle part il n'est indiqué leurs coûts. Compte
tenu que la vente du voyage se fait sur le territoire national,
le voyagiste ne devrait pas s'exonérer de l'obligation
d'affichage. Là encore le client est mal informé.
Le voyagiste attire l'attention du souscripteur sur le fait
que certaines activités ou animations, ainsi que
les sports nautiques ou équipements ne sont praticables
ou ouverts que selon les saisons et/ou les conditions climatiques,
mais là aussi grand flou il n'est pas dit dans le
descriptif quelles activités quelles animations ne
seront pas servies et à quelle période, là
encore le client est mal informé.
Comble de l'hypocrisie, au descriptif figure une rubrique
infos vérité où il est mentionné "à titre indicatif et
sous réserve de modification, vous voyagerez avec
la ou les compagnie(s) suivante(s) : xxxxx".
Ce qui en clair veut dire que le voyagiste
ne garantie pas le transport par une compagnie précise
mais se réserve la faculté de la choisir en
dernière minute au gré de ses intérêts,
là encore le client est mal informé.
C'est contre tous ces
déficits d'informations, tricheries, tromperies et
publicités mensongères que l'association sos
voyages milite. |