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Même si pour
les familles des victimes le résultat est le même,
le crash de l'A310 de Yemenia Airways ne peut pas être
comparé à celui de l'A330 d'Air France.
D'un côté nous
avons un appareil réputé fiable qui à
ce jour pour des raisons inconnues a eu une panne majeure,
de l'autre un avion contrôlé en 2007 par la
Direction Générale de l'Aviation Civile française
(DGAC) qui s'est vue signifier, pour "défauts",
une interdiction de vols sur le territoire français.
Dès lors où
la fonction de ce vol était de faire "en bout
de ligne" la liaison entre le Yemen et les Comores,
qu'il était majoritairement utilisé par des
résidents ou citoyens français, ce drame pose
avec acuité les questions de tarification, qualité
et sécurité des voyages dits ethniques.
Il y a eu un soubresaut avec
les arnaques aux pèlerinages à La Mecque que
dénonce "l'association sos pèlerins"
et les accidents en autocars vers le Maroc, mais le sujet
ne semble plus être d'actualité ce qui permet
aux transporteurs, affréteurs et distributeurs qui
s'y adonnent de disposer d'un marché captif fortement
rémunérateur faute de concurrence.
Le témoignage de M.
Hakim Ali Said est édifiant :
"Avec
la compagnie Yemenia, j'ai effectué entre 2007 et
2009, 5 voyages entre Paris et Moroni. A chaque fois et
malgré les doléances formulées par
différentes associations, aucune amélioration
n'a été apportée."
Comme l'ont indiqué
les passagers, le voyage entre Paris et Sanaa se fait toujours,
dans des avions qui présentent toutes les garanties
de sécurité.
Alors que les transporteurs
s'efforcent généralement d'éviter les
changements d'appareils, source de perte de temps et donc
d'argent, pourquoi une fois sur le sol yéménite,
les passagers Comoriens sont-ils systématiquement
embarqués dans un aéronef qui est interdit
de vol dans l'espace Schengen et dont la fiabilité
est sujette à caution ? Le motif nous paraît
simple.
En raison des complicités
dont elle bénéficie au plus haut niveau de
l'Etat, la compagnie Yemenia ne risque aucun contrôle
de sécurité sur le sol comorien. Dans une
tribune parue le 18/06/09 sur le site Roinaka, je me suis
évertué à démontrer à
mes concitoyens les mécanismes pervers et opaques
d'attribution des autorisations nécessaires pour
effectuer les liaisons aériennes aux Comores.
Quand vous aurez compris
combien d'enveloppes de bakchich, de billets d'avion gratuits
et d'autres largesses sont accordés aux différentes
autorités pour acheter leur docilité, vous
appréhenderez mieux pourquoi, Yéménia
s'est sentie intouchable.
Ce climat malsain de corruption
généralisée explique sans nul doute
pourquoi, alors que le prix du baril de pétrole est
passé de 150 à 60 dollars, le coût du
billet lui, n'a pas baissé d'un iota. Avec 1.300 €, notre pays demeure une des destinations
les plus chères au monde.
Non, les doléances
des passagers ne sont pas une vue de l'esprit. Elles sont
amplement justifiées. Moquette arrachée à
certains endroits, défaut
de ceinture de sécurité, wc bouché,
manque d'eau pour l'hygiène, le décor n'est
pas du tout reluisant et n'inspire pas confiance.
A bord, il faut noter qu'en
général, aucun membre de l'équipage
ne parle le français pourtant, langue officielle
aux Comores.
Les consignes de sécurité
sont donc données en arabe et en anglais. Pour ceux
qui n'ont aucune notion, il faut se résoudre au langage
des sourds. Les stewards ne manifestent aucune attention
à l'endroit des passagers. Des fois, leur
attitude frise l'antipathie et le mépris.
Lors de mon dernier séjour,
j'ai constaté que le siège de mon voisin était
dépourvu de la tablette qui sert habituellement à
poser le plateau-repas. Interpellée sur les faits,
l'hôtesse a proposé avec un complet détachement
au client de poser le plateau sur les genoux. Quelques mètres
plus loin, deux passagers ont failli en venir aux mains
car, le dossier défectueux d'un siège se rabattait
automatiquement sur le client qui se retrouvait à
l'arrière. Des anomalies de ce genre ne sont malheureusement
pas isolées.
Combien de passagers comoriens
ont été largués
comme des mal-propres sans motif valable et sans aucune
compensation 2 ou 3 jours dans la capitale yéménite ? Combien de bagages perdus sans aucun dédommagement
?
Lors de mon denier voyage
à Moroni, l'avion a effectué successivement,
des escales à Marseille, au Caire et à Djibouti,
3 destinations qui n'étaient pas initialement prévues.
D'autres part,
le respect des horaires est une notion inconnue dans la
compagnie. Il y a 3 ans, de nombreux témoignages
ont fait état de 3 demi-tours successifs effectués
par le même appareil entre Sanaa et Moroni en raison
de problèmes techniques majeurs. Les passagers qui
ont protesté et refusé d'embarquer ont été
sévèrement malmenés par les agents
de sécurité. Les autorités comoriennes
ne peuvent pas ignorer ces graves incidents...
La
somme de 20.000 € en guise de dédommagement
proposée par la compagnie yéménite,
témoigne du mépris et de l'inhumanité
que la société a toujours manifestés
à l'endroit des comoriens." source
http://comores4.skyrock.com/
Le témoignage d'une
ancienne hôtesse de l'air de la compagnie Yemenia
Airways recueilli par le site "20minutes.fr" confirme
les dires de M. Hakim Ali Said.
"On savait que l'Airbus
qui a eu l'accident était interdit par l'Etat français.
Avec, on ne faisait que des vols
domestiques ou des destinations comme Moroni, dans des pays
qui ne disent rien.
Dans l'ensemble, les avions
de la compagnie sont trop vieux. Et dans l'ensemble, le
service n'était pas bon. Les passagers se plaignaient
car ils étaient mal traités. Mais le personnel
navigant aussi est mal traité... Nos conditions de
travail étaient illégales, on faisait parfois
des vols Sanaa-Dubaï-Jakarta-Kuala Lumpur, ce qui représente
plus de 16 heures..."
A la question "mais
vous, personnel navigant, n'avez jamais parlé à
vos employeurs des problèmes de sécurité",
cette dernière répond :
"Si. Mais on ne pouvait
rien faire ! Quand on en parlait, ils nous disaient qu'ils
allaient réparer... Mais avant chaque vol avec l'A310,
on ne savait pas si on allait rentrer. Une
fois, on est allés à Moroni. Le train d'atterrissage
ne voulait pas sortir, alors qu'on approchait de l'aéroport.
Le commandant a essayé manuellement... heureusement,
on a pu atterrir. Mais l'avion a déjà eu des
problèmes avant la catastrophe. De toute façon,
tous les Airbus A310 de la compagnie sont dangereux...
les A330 et les Boeings 747, ça allait".
Exaspérés par
cet état des lieux tout naturellement les usagers
de la ligne ont pris l'initiative de créer une association
"Sos voyages Comores". Depuis sa création en 2008 celle-ci ne cesse de dénoncer
les conditions d'accueil et de transport faites aux voyageurs
sur cette destination.
Le 30 Août 2008 une
réunion nationale s'est tenue en région parisienne.
500 délégués y participaient tous ont
dit être "non satisfaits de la manière
dont ils sont traités au cours de voyage, à
l'aéroport de Sanaa ou lors de l'escale".
Unanimement ils se sont plaints
du déficit de dialogues et d'informations des autorités
aéroportées yéménites "qui
les traitent comme du fumier .... lors d'une escale des
agents de la sécurité yemenites ont craché
sur des passagers d'origine comorienne. Lorsque l'un d'entre
eux a eu l'imprudence de vouloir filmer cette scène
il a été sévèrement molesté
avant d'être menotté. Ceux qui ont tenté
de s'interposer à cette violence ont été
dispersés à coups de matraque".
Les horaires fantaisistes
pratiqués par la compagnie Yemenia Airways au détriment
des usagers peuvent se traduire par des
transits allant jusqu'à 5 jours sans préavis,
explications ou excuses.
A ces 2 points s'ajoutent
d'une manière redondante des manquements aux règles
élémentaires de sécurité : de
prétendues pertes de bagages et des pratiques tarifaires
que seules rendent possible un marche captif comme l'est
les Comores pour cette compagnie.
Pour l'exemple sur la même
distance parcourue, un aller Paris Tokio sur un appareil
de dernière génération est facturé
800 euros, alors que Paris Moroni est vendu au minima
1.300 euros dont une partie du vol est faite dans
un avion poubelle.
En septembre 2008, 300 militants
de "Sos voyages Comores" ont manifesté
à l'aéroport de Marignane et comme comme rien
n'a changé depuis, inévitablement le mouvement
a pris de l'ampleur et touche l'ensemble des originaires
vivant en France.
Si les militants de cette
association ont pris la décision après le
crash d'obliger 3 agences distributrices de la compagnie
Yemenia Airways à fermer, c'est qu'ils ont à
tort ou à raison le sentiment qu'elles sont plus
proches du transporteur que des victimes et de leurs familles.
Dès lors où
ces 3 agences se partagent le gâteau des 70.000 originaires
des Comores de la métropole Marseillaise qui leur
génèrent un panier de 1.300 euros captifs
tant par humanité que bonne politique elles auraient
dû spontanément prendre la décision
de ne pas ouvrir leurs points de ventes et non pas de continuer
de "businesser" comme si de rien n'était.
Ces
agences qui se posent en martyres de la libre entreprise
ne pouvaient ignorer les conditions déplorables qui
étaient faites à leurs clients, elles
semblent avoir oublié un élément fondamental
du commerce, il est plus facile de trouver un nouveau fournisseur
que de nouveaux clients.
M. Idi Nadhoim, vice-président
des Comores et ministre des Transports est de mauvaise foi
lorsqu'il rejète la responsabilité du drame
sur la France en affirmant que celle-ci ne l'avait pas informée
que la compagnie Yemenia Airways avait dans sa flotte des
avions de ce type.
C'est avec pertinence que
Bernard Kouchner l'a taclé en répondant, "Tout
le monde le savait aux Comores..." mais savoir ne résout
pas le problème de faire.
La difficulté est
que pour la France le faire implique des difficultés
d'ordre juridiques et diplomatiques. Les Comores sont un
état indépendant, Yemenia Airways est la compagnie
nationale du Yemen autre pays indépendant et 49%
du capital de cette compagnie est détenu par
l'Arabie Saoudite.
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