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Selon les statistiques de l'INA, Institut National de l'Audiovisuel, l'accident de l'AF 447 d'Air France figure parmi les catastrophes les plus médiatisées par les journaux télévisés sur la période 1995/2009.
Quel que soit le mode de diffusion le rôle bien compris des médias est l'information de leur lectorat respectif. On peut être critique sur le traitement mais non pas sur l'espace consacré aux catastrophes et faits-divers qui sont des sujets d'actualité comme les autres.
Contrairement aux présupposés de l'INA le temps consacré à leur traitement n'est pas conditionné par les partis pris des rédactions mais par l'intérêt suscité.
L'évolution du nombre de sujets des journaux télévisés mettant en scène des victimes, 467 en 1995, 1.007 en 2000 et 1.990 en 2008 n'est pas une mesure fiable du prétendu attrait des médias pour les sujets anxiogènes.
L'INA omet d'analyser en regard l'accroissement à l'échelle planétaire de la violence sous toutes ses formes.
Ce ne sont pas les journalistes qui génèrent les catastrophes naturelles ou industrielles, forment les kamikazes, incitent à des prises d'otages, mettent le feu dans les banlieues, démultiplient les crimes et délits pour créer ce climat d'insécurité que relève avec force les politiques de tout bord.
Les journalistes ne font que précéder l'attente des téléspectateurs et lorsqu'au détriment d'autres informations ils "remettent une couche" sur l'exposition des souffrances humaines individuelles ou collectives ce n'est que pour satisfaire la demande de ces derniers
Remettons l'enquête de l'INA en situation. Le format d'un JT est d'une ½ heure, les 10% auxquels elle se réfère représentent 3 minutes multipliées par les 4 éditions de la journée, cela se résume à 12 minutes d'antenne.
Si on les compare au temps consacré aux jeux, aux talk show people ou aux émissions de télé réalité, ces 12 minutes sont marginales. Leur impact provient de la charge émotionnelle que suscitent les sujets traités.
Il n'est pas étonnant que l'attentat du 11 septembre puisse faire moins "d'audience" que le crash du vol AF 447 ou la grippe A. Dans le premier cas dès les premières images la responsabilité était clairement définie, il n'en est pas ainsi dans les seconds.
A ce jour ce sinistre qui met en cause le transporteur Air France et le constructeur Airbus reste inexpliqué. Quant à la grippe A on nous dit que nous ne courrons aucun risque mais l'organisation mondiale de la santé la classe au niveau 6 sur une échelle qui ne comporte que 6 degrés.
Il est à espérer que cette pandémie mondiale sera maitrisée, mais nous savons peu de choses sur elle et le peu que nous en savons c'est à travers les informations que nous donnent les médias : TV, presse, internet.
Dès lors où plusieurs millions de voyageurs sont clients d'Air France ou qu'ils sont transportés par des Airbus du même type, quoi de plus naturel que le public souhaite être informé sur cet accident qui le touche directement.
Nous sommes étonnés de l'étonnement de l'INA, la vie des 228 victimes ne mérite-t-elle pas que les chaines de télévision consacrent le temps nécessaire pour tenter de comprendre ce drame, fusse comme pour France 5 par une édition spéciale de 11mn20 le 1er juin 2009 ?
Il ne s'agit pas de simple voyeurisme mais au delà de l'information reçue, une manière de rendre un hommage posthume aux victimes. Se solidariser avec la peine de leurs proches, leur dire qu'ils ne sont pas oubliés et malgré qu'une actualité chasse l'autre, les assurer par l'intérêt que l'on manifeste toujours, qu'ils peuvent compter sur l'opinion publique pour que toute la lumière soit faite sur ce sinistre.
L'associationsosvoyages.com s'est abstenue volontairement de prendre position sur le sujet, l'enquête de l'INA nous donne l'occasion de nous exprimer.
Nous pensons qu'au titre de citoyens et clients consommateurs nous sommes, quoi qu'en dise l'INA, malheureusement sous-informés et lorsqu'il s'agit de catastrophes qui mettent en cause des grands groupes, faute d'une législation européenne sur les "class actions" nous avons le fâcheux sentiment que les enjeux économiques passent avant le devoir de transparence et la juste indemnisation des victimes.
On nous dit qu'Air France par mesure de précaution vient de changer les 3 sondes qui pourraient être la cause du problème. C'est une mesure sage mais tout naturellement elle suscite la question : pourquoi cela n'a pas été fait bien avant alors qu'il semblerait qu'il y a déjà eu problème avec ce type de matériel ?
"Il se trouve, circonstance de temps, que les premiers approvisionnements arrivaient pratiquement la veille de l'accident, le vendredi", a confié Pierre-Henri Gourgeon, directeur général d'Air France aux agences de presse selon le Monde du 11/06/09.
"Ce programme a été accéléré parce qu'il nous semble qu'il y a effectivement dans l'accident, nous le savons, un problème sur la vitesse", a-t-il ajouté, même si "je ne suis pas convaincu que les sondes sont la cause de l'accident".
D'ici à la fin de la semaine, tous les A330 et A340 auraient au moins deux nouvelles sondes de vitesse sur les trois disposées sur les appareils.
"Je rappelle qu'Airbus maintient, et ils ont raison, que les avions sont sûrs avec trois types de sondes, l'Autorité européenne vient de le rappeler également, et nous sommes tout à fait en accord avec cela" a maintenu Pierre-Henri Gourgeon.
Nous ne demandons que croire Pierre-Henri Gourgeon, mais quel crédit peut-on accorder à ses déclarations alors que la politique de rentabilité maximum d'Air France a conduit l'UFC-Que Choisir à assigner cette enseigne pour des pratiques défavorables aux clients consommateurs ?
Nous ne demandons que croire Pierre-Henri Gourgeon, mais quel crédit peut-on accorder à ses déclarations alors que Christophe Guillot-Noël frère d'une victime de la catastrophe du vol AF 447, affirme dans une interview accordée au quotidien le Parisien :
"... être très déçu par le manque d'humanité exprimé par Air France. La compagnie s'est très peu occupée de nous. On nous a laissé un numéro de téléphone d'un psychologue à contacter. Nous lui avons laissé un message. Il ne nous a jamais rappelés ... Nous avions besoin d'être conseillés pour savoir comment dire à la petite fille de mon frère qu'elle ne reverrait plus son papa, ou d'être en contact avec des gens à qui parler et qui auraient pu nous rassurer. Nous n'avons pas ressenti une quelconque empathie de la part d'Air France. Ce manque de soutien a motivé notre volonté de créer cette association baptisée : Association pour la vérité et pour la défense des droits des victimes du vol AF 447."
Si les familles et les proches des victimes n'ont que "leurs yeux pour pleurer", il semblerait que cette catastrophe ne pèsera pas sur le bilan d'Air France. Selon Axa Corporate Solutions, elle sera indemnisée à hauteur de 67,4 millions d'euros par ses assureurs pour la perte de l'A330.
C'est une excellente nouvelle pour ses actionnaires compte tenu, selon le magazine l'Expansion, que cet appareil a été mis en service en 2005, avait 18.870 heures de vol, avait déjà effectué environ 2.500 vols et était de la sorte pour partie amorti. |