Pour s'opposer
à l'étude par la Commission européenne
de la création d'un fonds de garantie au cas de défaillance
d'une compagnie aérienne, M. John Hanlon secrétaire
général de l'association européenne
des compagnies aériennes à bas coûts
(ELFAA), a pour arguments la préservation du pouvoir
d'achat des consommateurs et la compétitivité
des compagnies.
Selon lui "un
mécanisme de protection obligatoire imposerait un
fardeau injuste sur les clients et entraverait les capacités
des compagnies à fournir le meilleur service au prix
le plus bas possible".
Faute d'expliquer pourquoi
la qualité de service fourni par les compagnies est
liée à l'existence ou non d'un fonds de garantie
professionnelle M. John Hanlon ne donne pas de fondement
à ses dires. Il exprime un parti pris que l'on pourrait
qualifier "d'idéologique" au détriment
d'une analyse pragmatique et dépassionnée
des faits.
L'expérience que l'on
peut tirer de la production et de la commercialisation des
voyages à forfait en Europe démontre que les
sommes destinées à alimenter les diverses
formules de garanties professionnelles ne sont pas déduites
des marges des opérateurs ou des distributeurs mais
prises en charge par les clients consommateurs.
Le surcoût est intégré
au prix de vente sans que cela nuise à la compétitivité
des enseignes. Bien au contraire, celles-ci, notamment en
France, se servent de leur adhésion au fonds de garantie
APS comme argument de vente.
Sauf volonté délibérée
des compagnies à ne pas jouer le jeu, et en ce cas
M. John Hanlon devrait fournir une explication circonstanciée
des motifs, il n'y a aucune raison financière ou
technique pour que la création d'un fonds de garantie
européen sur les mêmes bases de collectes se
traduise par une baisse de la qualité de prestations
servies.
Certes le souci de M. John
Hanlon concernant le pouvoir d'achat est louable, mais il
implique comme préalable que les prestations achetées
par les consommateurs leur soient servies, ce qui n'est
pas toujours le cas.
Si au prétexte qu'il
s'agit de vol à bas coût la compagnie défaillante
est dans l'incapacité de remplir ses obligations
contractuelles, la "bonne affaire"
proposée se traduira par une perte sèche qui
incontestablement diminuera d'autant leur pouvoir d'achat,
d'où l'urgence de mettre un terme à un laisser-faire
qui les pénalise lourdement.
Vouloir s'exonérer
de garantir les fonds confiés au motif que massivement
les clients "low fare"
achètent leur billetterie auprès d'agences
en ligne qui proposent en option des assurances "défaillances
du prestataire aérien" est une manière
de déplacer artificiellement le débat faute
de vouloir pragmatiquement résoudre le problème.
Qui plus est M. John Hanlon
escamote le fait qu'EasyJet, 1/3 du volume d'affaires réalisé
par les membres de l'ELFAA vend directement 90% de sa billetterie
en ligne. Il suffit de se logger sur son site pour constater
que les assurances multirisques proposées ne comportent
pas la clause de remboursement au cas de défaillances
du prestataire aérien, or comme toute autre compagnie
EasyJet n'est pas à l'abri d'une défaillance.
Rappelons que la garantie
des sommes confiées n'est pas une faveur qui pourrait
être faite aux consommateurs mais le minimum qu'ils
sont est en droit d'attendre de leur prestataire aérien,
d'autant qu'une partie importante du coût du billet
est constituée de taxes et frais d'aéroport
exigibles qu'au cas de transport effectif.
Certes les tarifs dits de
sauvetage pratiqués par les membres ELFAA lors de
défaillance de transporteurs dans la zone Europe
est mieux que rien, mais ils ne compensent pas la perte
subie par le consommateur, loin s'en faut.
Au billet acheté initialement
ce dernier est contraint de rajouter celui qui lui est proposé
à "tarif préférentiel"
et les 2 conjugués peuvent avoir un coût largement
supérieur à ceux que pratiquent basiquement
les compagnies dites régulières.
Dans ces conditions pourquoi
le consommateur lors de sa réservation devrait-il
prendre le risque de s'adresser à l'une des cent
compagnies low fare qui exercent dans la zone Europe dont
les 11 adhérentes de l'ELFAA.
M. John Hanlon qui est un
professionnel ne peut être dans l'ignorance qu'en
aérien les causes de défaillance peuvent être
soit des pertes d'exploitation qui conduisent à la
cessation de paiement de l'enseigne, soit l'accumulation
de problèmes techniques qui entrainent une interdiction
de vol.
Suggérer comme il
le fait, la mise en place d'un mécanisme qui resserre
la surveillance de la santé financière des
compagnies aériennes est une bonne chose, mais à
supposer que les autorités de régulation aient
la capacité de mettre en place un tel mécanisme,
au mieux il répondrait au premier cas de défaillance
et non au second.
Dans les conditions décrites
l'associationsosvoyages en appelle à la Commission
Européenne pour qu'en équité elle mette
un terme à une situation qui trouble l'ordre public
et privilégie sans raison les compagnies aériennes
au détriment des intérêts des citoyens
et consommateurs.
|