Malgré
les défaillances qui laissent en déshérence
des milliers de passagers, il n'est pas encore fait obligation
aux compagnies aériennes européennes de disposer
d'une garantie professionnelle qui protège les fonds
des consommateurs comme cela est la règle en matière
de production et de distribution de voyages à forfait.
Les créances
des clients ne sont pas privilégiées mais
noyées dans le passif au même titre que celles
des fournisseurs lambda, alors qu'il s'agit de sommes destinées
non seulement à rémunérer le transporteur
mais lui permettre de régler l'ensemble des frais
et taxes exigibles qu'au cas de vol effectif.
Ainsi le préjudice
pour le consommateur est double, la compagnie défaillante
se rétribue sur une prestation qu'elle n'a pas servie
et qu'elle ne servira pas, tout en s'appropriant indument
les frais et taxes qui peuvent représenter jusqu'à
50% du prix du billet.
Cette situation est d'autant
plus scandaleuse que ces transporteurs vendent par l'entremise
des agences de voyages spécialisées et en
direct jusqu'en dernière minute, alors qu'ils savent
qu'ils seront en cessation de paiement et dans l'incapacité
de fournir les prestations aux clients.
Il en fut ainsi pour Air
Madrid en décembre 2006, il en est de même
pour SkyEurope en début de ce mois de septembre 2009,
la seule différence réside dans le nombre
de clients floués près de 150.000 dans le
premier cas, une dizaine de milliers dans le second.
Interrogé à
la suite de l'interdiction de vol de la compagnie italienne
MyAir en juillet 2009, où là encore quelques
milliers de voyageurs ne furent pas servis, M. Antonio Tajani,
responsable de l'exécutif européen pour les
questions de transports, a déclaré que ses
services étudiaient la création d'un fonds
d'indemnisation des passagers en cas de faillite d'une compagnie
aérienne.
C'est une intention louable,
mais sachant que le moyen le plus sur pour enterrer un problème
est de créer une commission, l'annonce de l'étude
de la création d'un fonds d'indemnisation n'est pas
aussi rassurant que le voudrait M. Antonio Tajani.
Ce que les consommateurs
exigent de ses services, ce ne sont pas de nouvelles réflexions
sur la faisabilité d'un tel fonds, mais un calendrier
précis d'autant qu'au rythme d'une dizaine de défaillances
par an sur la seule zone Europe, il y a urgence à
traiter le problème.
Selon M. Yan Derocles, expert
d'Oddo Securities, SkyEurope ne sera pas un cas isolé.
Il y aura d'autres low cost qui vont avoir du mal à
passer l'hiver.
Cette prévision alarmiste
est confirmée par M. Nick Cunningham, analyste de
Evolution Securities :
"La fin de l'été,
le début de l'automne sont propices à la fermeture
de petits transporteurs en difficulté. C'est à
la belle saison, au moment des vacances et des voyages touristiques,
que les compagnies aériennes réalisent la
plus grande partie de leurs recettes. ….si vous allez
déjà mal, il n'y a aucune raison de s'entêter
l'hiver venu. D'autant plus que celui-ci sera rude".
Si on peut être critique
vis à vis de certaines agences de voyages qui au
prétexte d'être en droit seulement mandataire
distribuent des compagnies aériennes dont elles ne
peuvent ignorer leur fragilité financière,
il ne faut pas faire des amalgames rapides concernant l'ensemble
de la profession.
L'ECTAA, Groupement des Unions
Nationales des Agences et Organisateurs de Voyages de l'Union
Européenne, est depuis de nombreuses années
en faveur de la création d'un fonds de garantie des
passagers en cas de faillite d'une compagnie aérienne.
Publiquement elle a regretté
que la Commission Européenne n'ait pas encore engagé
d'action ferme à cet effet. Elle déplore également
que l'International Air Transport Association, IATA, qui
regroupe 230 compagnies aériennes ne mette pas en
place un système de compte bloqué pour le
remboursement des passagers afin d'empêcher les enseignes
défaillantes de se faire rétribuer sur des
prestations qu'elles ne serviront pas.
En faveur de sa thèse
elle cite comme exemple Air Madrid où les agents
de voyages ont réglé leurs ventes du mois
pour un total de 30 millions de dollars et deux heures après
le transfert de l'argent, la compagnie aérienne a
annoncé la cessation de son activité.
Dire comme M. Antonio Tajani
aux consommateurs "vous avez
des droits faites-les valoir" est facile d'autant
qu'il ne peut être dans l'ignorance que pour faire
valoir ses droits le consommateur a besoin qu'ils soient
définis par des lois, des décrets ou des conventions.
Comme M. Antonio Tajani a
conseillé de s'adresser à ses services pour
présenter toutes doléances et a rendu publique
à cet effet une adresse électronique : cab-tajani-webpage@ec.europa.eu.
l'association sos voyages vous propose de lui faire parvenir
votre sentiment sur ce problème qui lèse les
consommateurs et trouble gravement l'ordre public. |