Lors
de l'assemblée générale du 30 juin
2008 M. Jean-Pascal Siméon traçait ainsi les
perspectives pour l'année 2008 de la société
Switch :
"Après
deux années fortement déficitaires, l'exercice
2007 affiche un résultat d'exploitation quasiment
à l'équilibre soit une très nette inflexion
de tendance pour les années à venir. La politique
de prudence en matière d'engagement financier est
poursuivie en 2008 en vue de conforter marge et rentabilité
et de permettre à la société la réactivité
que lui impose son activité proprement dite... Compte
tenu de l'activité de la société, les
principaux risques et incertitudes susceptibles d'avoir
un effet défavorable significatif sur la Société,
son activité, sa situation financière, ses
résultats ou son développement subsistent
: risque de change ; phénomènes climatologiques
et politiques. A ceux là, s'ajoute en 2008 l'impact
de la hausse du carburant."
Alors qu'en 2008 il n'y a
pas eu de bouleversement de la parité des changes,
pas de catastrophe climatique ou politique majeure, que
la hausse des carburants, si elle pose problème aux
compagnies charter, a touché marginalement l'activité
des TO, il est naturel de se poser des questions sur les
causes réelles qui ont conduit la société
Switch à la cessation de paiement.
A la rubrique "Evénements
intervenus depuis la clôture de l'exercice" du
même procès verbal il est dit :
"Depuis le 31 décembre
2007, date de clôture de l'exercice, aucun élément
significatif n'est à signaler."
Cette affirmation est pour
le moins surprenante, le 30 juin 2008 M. Jean-Pascal Siméon
ne pouvait être dans l'ignorance que la société
Switch dont il était actionnaire à 91% n'avait
pas atteint ses objectifs commerciaux, qu'elle était
dans l'incapacité d'honorer ses engagements financiers
auprès de ses prestataires et qu'elle vivait sous
perfusion dans l'attente d'une recapitalisation ou d'un
repreneur.
Quelles que soient les contorsions
rhétoriques de M. Jean-Pascal Siméon, force
est de constater que lors de cette assemblée générale
dont l'objet était de lui donner quitus sur sa gestion,
il n'a pas été sincère dans la présentation
de l'état des lieux de la société Switch
et de ses perspectives.
Selon l'un de ses créanciers
dès janvier 2008 M. Jean-Pascal Siméon était
dans l'incapacité de solder les prestations de la
saison 2007 et proposait "...de
prépayer les prochains clients... (et) ... d'attendre
une possible vente à un autre TO, mais ... ne s'engagent
pas à signer quelque chose par écrit légal
sur la dette...".
Dans les diverses interview
qu'il a accordées à la presse professionnelle,
M. Jean-Pascal Siméon révèle qu'à
cette date il était déjà en négociations
avec 3 repreneurs possibles.
"Trois
entités françaises sont en lice : deux intervenants
du Net et un tour opérateur classique. ...Le repreneur
s'engagera à reprendre les équipes, les huit
agences, et à revendre sur le marché français
les croisières en catamaran..." (22/09/2008
Echo Touristique)
Je ne suis pas dans le secret
de ces négociations mais je remarque comme par hasard
et le hasard fait bien les choses que M. Jean-Pascal Siméon
a trouvé un accord avec la société
Karavel / PromoVacances. Celle-ci reprendrait l'enseigne
"partirpascher" mais lui laisserait la propriété
de sa flotte de voiliers :
"Depuis
plus de six mois nous discutons à titre confidentiel
avec le groupe Karavel / PromoVacances. Je cherchais un
partenaire solide, capable de reprendre la partie tour operating
et vente de voyages, afin de me concentrer sur le développement
international de la branche croisières. Le groupe
Karavel maîtrise parfaitement l'activité TO
et le Web..." (Echo Touristique)
Comme l'interview date du
07/10/2008 les négociations ont donc démarré
en avril 2008, soit antérieurement à l'assemblée
générale.
Certes charbonnier est maitre
chez soi, si les dirigeants de Karavel / PromoVacances ont
envie de faire des cadeaux à M. Jean-Pascal Siméon
en reprenant l'intégralité du passif de la
société Switch en lui laissant la propriété
de la flotte comme parachute doré libre à
eux. Par contre si l'intégralité du passif
ne fait pas partie du "deal" cela pose problème.
Au procès verbal de
l'assemblée générale du 30 juin 2008,
il fait état que la société Switch
a entreprit la rénovation de sa flotte de voiliers
et l'achat de 2 bateaux :
"...
il n'est pas prévu l'élargissement de la flotte
mais sa rénovation après 5 ans d'exploitation
intensive. Deux bateaux ont été vendus sur
le premier semestre2008. Il est prévu un remplacement
de ces bateaux dès la reprise de la haute saison,
fin 2008".
Rénover la trentaine
de voiliers et commander 2 unités de remplacement
est une décision louable, mais les créanciers
sont en droit de se poser la question si elle était
judicieuse alors que la société enregistrait
1 million neuf cent mille euros de pertes d'exploitation.
N'aurait-il pas été
plus sage pour Switch de se constituer une trésorerie
qui lui permette d'honorer ses engagements, et d'attendre
des jours meilleurs pour rénover sa flotte ?
L'interrogation est d'autant
plus pertinente que M. Jean-Pascal Siméon outre la
société Switch contrôle la société
Loïk Lesaint dont l'activité est précisément
:
"1- la conception,
maîtrise d'ouvrage, fabrication, achat, vente, location,
affrètement, entretien, exploitation de tous navires,
de tous matériels et équipements destinés
aux activités nautiques et toutes activités
annexes ou connexes.
2- l'achat, commercialisation,
distribution de plats cuisinés et conserves agro-alimentaires,
charcuteries, produits traiteurs, produits épicerie,
boissons et globalement tout produit alimentaire".
Il appartiendra au Tribunal
de Commerce de vérifier si les prestations facturées
correspondent aux tarifications pratiquées sur le
marché et si le règlement des services de
cette dite société n'a pas été
privilégié par rapport aux créances
des autres prestataires de Switch.
Autre sujet d'interrogation
qui concerne la sincérité de la présentation
des comptes de la société Switch. Au paragraphe
13-2 du rapport du conseil d'administration il est dit :
"nous vous signalons que la société n'a
pris, au cours de l'exercice écoulé, aucune
nouvelle participation..."
Si comme l'affirme M. Jean-Pascal
Siméon et le confirme les commissaires aux comptes
la société Switch n'a pas fait de croissance
externe, il est à se demander dans quelle condition
il est devenu en 2007 propriétaire du site de vente
de séjours touristiques "budget voyages.com".
Pour information ce site
créé en 2002 fut jusqu'à la liquidation
judiciaire de la société "Budget Vacances"
le principal moyen de commercialisation de la production
de cette dite agence en ligne.
A ce titre ce site faisait
naturellement partie de ses actifs sociaux. Du reste ce
nom ainsi que sa variante du 01/07/2005 "monbudgetvoyages.com"
étaient des marques déposées par la
dite société.
Il est bon de noter que la
société Budget Vacances était dirigée
par M. Valérie Cabanel ex directrice de la programmation
de "PromoVacances". Celle-ci n'est pas une simple
relation d'affaire de M. Jean Paul Siméon.
Dans une interview accordée
au magazine Entreprendre ce dernier explique sa décision
de créer son enseigne de la sorte : "...
suite à ma rencontre avec Valérie Cabanel
ma seconde initiatrice voyage, j'ai fondé Switch
en 1997..."
Dans un post paru dans le
forum "tour mag" M. Valérie Cabanel ne
cache pas, malgré sa condamnation au Pénal
pour publicité mensongère, l'inconditionnel
soutient qu'elle accorde à M. Jean-Pascal Siméon
:
"Switch a fait bougé
le monde de l'out going en France. JP Siméon a été
le premier à démocratiser la République
Dominicaine en all inclusive et est le seul à donner
l'opportunité au plus grand nombre, c'est-à-dire
à ceux qui ne pouvaient s'offrir que la Tunisie ou
les Baléares, de découvrir l'île Moustique...
si être "professionnel" dans le voyage,
c'est s'entretenir pendant 2 heures en buvant le café
avec son client, choisir avec lui chacun de ses hôtels
(après les avoir soi même visités, bien
sûr), réfléchir sur la marque de sa
voiture de location et faire sa pré attribution de
sièges d'avion, cela revient à dire qu'on
est professionnel qu'à partir du moment où
l'on ne vend QUE du voyage haut de gamme... et tant pis
pour ceux qui n'ont pas les moyens, qu'ils aillent faire
du camping."
Si sa conception du rôle
de voyagiste est révélatrice de la politique
programmatique et commerciale d'un certain nombre de voyagistes
en ligne et du mépris qu'ils ont envers la clientèle
petit budget qui forme une large part de leur fond de commerce,
la virulence de son intervention démontre clairement
les liens d'amitié qui l'unissent à M. Jean-Pascal
Siméon, or le transfert des noms de domaines "budgetvoyages.com"
et "monbudgetvoyages.com" n'ont pu se faire qu'avec
son accord expresse ou celui de Maître Pierrel mandataire
liquidateur.
A supposer que la cession
des sites "budgetvoyages.com", "monbudgetvoyages.com"
et par conséquent des bases de données des
clients et prospects se soit faite dans des conditions qui
ne lèsent pas les créanciers de l'agence Budget
Vacances, il est pour le moins étonnant que M. Jean-Pascal
Siméon malgré une créance pharaonique
continu d'exploiter ce site comme si de rien n'était
et se sert pour ce faire de la licence de voyagiste de la
société Switch qu'il a mis de par sa gestion
désastreuse en cessation de paiement.
Compte tenu que les mêmes
causes produisent les mêmes effets, il étonnant
que l'APS garantisse les programmations de "monbudgetvoyages.com"
comme cela apparaît en page "qui sommes nous"
du site.
Autre sujet d'étonnement,
comment se fait-il que le CETO l'autorise pour capter la
confiance des internautes de se servir sur ce même
site de leur logos ?
Quelle que soit la décision
que prendra le tribunal de commerce, la cessation de paiement
de la société Switch outre son coût
social, 53% du personnel licencié, révèle
l'incapacité de la profession de s'autoréguler
et mettre de l'ordre dans ses rangs.
Le manque de transparence
et la confusion des genres profitent toujours à ceux
qui sont au pire le moins enclins à respecter les
règles de droit ou au mieux de les contourner en
leurs faveurs.
Il serait souhaitable que
les pouvoirs publics reprennent la main, soient vigilants
sur l'attribution ainsi que le renouvellement des cartes
professionnelles et tout particulièrement celles
des voyagistes en ligne qui suscitent la majorité
des litiges : publicité mensongère, conditions
générales de vente léonines.
Pour sa crédibilité
la profession aurait tout à y gagner de même
que les consommateurs. |